L’économie russe en difficulté, mais sortira de la récession

Un papier à lire sur la vision chinoise des difficultés économiques actuelles de la Russie qui sera bien évidemment aidée et appuyée par Pékin… Pour la simple et bonne raison que pour les Chinois, l’économie russe est fondamentalement saine, ce qui est le cas et c’est ce que j’ai essayé de démontrer dans l’édito de cette édition. La situation va devenir de plus en plus complexe.

Charles SANNAT

MOSCOU, 19 décembre (Xinhua) – Cela fait plus de dix ans que les Russes voient leurs économies en roubles se déprécier jour après jour face au dollar et à l’euro. Pire encore, cette récession pourrait bien se poursuivre encore plusieurs années avec en plus un risque élevé d’inflation.

Cependant, les experts et dirigeants russes conviennent que l’économie russe sortira de la récession, car ce pays a déjà commencé à accélérer sa restructuration et sa diversification économiques.

UNE RÉCESSION INÉVITABLE, UN REBOND DÉTERMINÉ

Au cours de sa grande conférence de presse jeudi, le président russe Vladimir Poutine a attribué les difficultés économiques actuelles principalement à des facteurs extérieurs tels que la chute des cours pétroliers et l’extension des sanctions occidentales contre Moscou.

Les cours pétroliers ont enregistré une contraction de près de 40 % au cours des cinq derniers mois, et l’Opep n’a jusqu’à présent annoncé aucune baisse de sa production.

La Russie, grande puissance pétrolière traditionnelle, dépend de ses exportations énergétiques pour près de la moitié de ses revenus.

Selon les derniers rapports publiés par la Banque centrale de Russie, la croissance du PIB (produit intérieur brut) de ce pays devrait, “selon une forte probabilité”, être négative au premier trimestre 2015.

Un retour à la croissance ne devrait être à attendre que pour la fin 2015, tandis que le PIB de 2016 pourrait être en contraction de 0,6 % à 0,8 % avant de rebondir à une croissance de 1,2 % en 2017, selon ces rapports, basés sur un scénario de cours du pétrole brut à 80 dollars le baril.

Si les cours pétroliers tombent en dessous de 60 dollars le baril, la contraction du PIB pourrait atteindre 4,5 % à 4,7 % en 2015, selon la banque centrale.

Les fuites de capitaux, entraînées principalement par l’augmentation des sanctions occidentales et leur impact sur la confiance des investisseurs, atteindront 120 milliards de dollars l’an prochain, 75 milliards en 2016 et 55 milliards en 2017, selon la banque. Le taux d’inflation devrait également s’élever à 10 % cette année, selon les estimations, et continuer de s’accélérer jusqu’à la deuxième moitié de 2015, estime la banque.

Sur les marchés des changes, le rouble a atteint ses cours les plus bas le 16 décembre, atteignant 100 pour un euro et 80 pour un dollar sur le marché de Moscou. Cela représente une perte de près de la moitié de sa valeur depuis le mois de mars.

Au début de sa conférence de presse de trois heures, M. Poutine a réaffirmé que la situation économique maintenait son cap normal, et qu’il lui faudrait au maximum deux années pour rebondir dans le scénario le plus défavorable.

Il a déclaré que la Banque centrale et le gouvernement avaient jusqu’à présent pris les mesures “adéquates” pour endiguer la crise du rouble, tout en invitant la banque à agir “une demi-cadence plus vite”.

L’autorité financière russe a annoncé mardi un projet de relèvement de son taux directeur de 6,5 points de pourcentage à un taux de 17 %, dans le but de réduire la liquidité en rouble et de donner plus d’accès aux liquidités en devises étrangères.

Iouri Mosseïkine, le vice-directeur de l’Institut d’économie mondiale et de commerce de Moscou, a jugé que M. Poutine avait raison d’être optimiste car “il n’y a tout simplement aucune raison fondamentale justifiant une plongée du rouble”.

Estimant que la situation économique actuelle était “loin d’ être catastrophique”, cet expert a toutefois reconnu qu’elle était difficile, car un taux d’intérêt de 17 % étouffe les producteurs russes, qui ne peuvent ni obtenir des crédits de l’Occident ni se permettre les crédits nationaux à de tels taux.

“C’est un choix difficile, entre la lutte contre l’inflation et le souci de stimuler la production économique”, a-t-il déclaré à Xinhua.

RESTRUCTURATION ET RELANCE

Le 10 décembre, lors d’une interview télévisée, le Premier ministre Dmitri Medvedev a déclaré que les conditions économiques changent fortement, et le gouvernement devrait réviser le scénario sur le développement social et économique du pays, et prendre de nouvelles décisions budgétaires.

Il a admis que ce n’est pas facile de changer le fait que le pays compte considérablement sur les exportations de l’énergie.

Poutine a déclaré que la restructuration économique est inévitable si le prix de pétrole reste au niveau actuel ou chute davantage.

“Nous supposons que nous avons échoué à faire nombre de choses que nous avions prévu de faire, c’est-à-dire diversifier notre économie”, a-t-il souligné devant les journalistes lors de la conférence de presse annuelle.

Le président Poutine a chargé le gouvernement de prendre des mesures pour la restructuration économique et la substitution des importations.

Les experts locaux notent que restructurer l’économie ne signifie pas réduire entièrement le développement orienté vers l’énergie, mais attacher plus d’importance aux exportations des secteurs non-énergie et stimuler la fabrication intérieure.

En outre, la restructuration signifie une approche plus équilibrée vers l’Occident et l’Orient.

Sergueï Narychkine, président de la Douma russe, ou chambre basse du Parlement, a déclaré que le pays a accordé une attention excessive à des liens économiques avec l’Occident, en particulier avec l’Europe, le plus grand partenaire commercial de la Russie.

Dans les circonstances actuelles, c’est inévitable et profitable pour la Russie de se diriger vers l’Orient, en particulier la région Asie-Pacifique, car elle a des partenaires fiables au sein des BRICS comme comme la Chine.

Cette année, la Russie a renforcé ses liens avec des pays tels que la Chine, l’Inde, la Corée du Sud et la République populaire démocratique de Corée (RPDC), en signant une série d’accords importants.

M. Poutine a déclaré que son pays continuera à coopérer avec la région Asie-Pacifique qui se développe plus rapidement que toute autre partie du monde.

Parallèlement, sur fond de chute des prix du pétrole et de difficultés économiques, les Russes doivent s’habituer au fait que les années abondantes se terminent, a déclaré Andrei Suzdaltsev, vice-président de l’École supérieur d’Économie de Moscou.

“Ils doivent apprendre à vivre dans des circonstances moins favorables (…) Mais après cela, la Russie se redresser comme un pays différent qui est économiquement stable”, a-t-il déclaré à Xinhua.

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