L’accord d’échange de devises sino-européen !

BEIJING, 24 octobre – La Banque populaire de Chine et la Banque centrale européenne ont récemment signé un accord d’échange de devises de trois ans, portant sur 45 milliards d’euro (350 milliards de yuans). Selon des experts chinois, la signature de l’accord illustre la montée en puissance de l’euro et du Renminbi (RMB, devise officielle chinoise). Pour eux, la signature de l’accord montre un rapprochement bénéfique aux deux parties.

PORTÉE DE L’ACCORD : INFLUENCES ÉCONOMIQUES ET POLITIQUES

Dai Dongmei, professeure de politique internationale de l’Université des Langues étrangères de Beijing, a expliqué à Xinhua que l’accord d’échange sino-européen reflétait la montée en puissance de l’euro parmi les devises internationales. « Depuis longtemps, l’influence de l’euro reste inférieure à celle du dollar américain. Mais cette fois-ci, l’échange de devises de 45 milliards d’euros, ce qui dépasse de près de 24 milliards d’euro (200 milliards de RMB et 20 milliards de livres sterling) celui entre la Chine et le Royaume-Uni et représente un grand pas en avant pour l’euro. »

Pour la Chine, cet échange de devises favorise la diversité des devises étrangères détenues par le gouvernement, pour contribuer à la transformation économique et au développement sain du système monétaire du pays.

Par ailleurs, Hu Ronghua, directrice du département des études en économie au Centre des études européennes relevant de l’Université de Fudan, a indiqué que face à l’instabilité de l’économie américaine qui affecte le développement mondial, cet accord d’échange entre la Chine et la zone euro aiderait à « atténuer le risque économique provenant des fluctuations économiques des États-Unis ».

Hormis les conséquences économiques, la signature de l’accord d’échange de devises comporte une portée politique pour les deux camps. Selon Mme Dai, l’Europe veut depuis longtemps établir un équilibre des forces entre l’Europe, les États-Unis et la Chine. « Cela fait donc un triangle, ce qui est plus stable. »

Bien que les États-Unis aient connu des fluctuations économiques, le pays reste une puissance très importante sur la scène mondiale. Face à ce pouvoir américain très fort, la Chine et l’Europe ont besoin l’une de l’autre pour résister à l’influence dominante du numéro un mondial. « L’Union européenne est un exemple concret pour les pays qui s’unissent pour faire concurrence aux États-Unis, et elle se tourne aujourd’hui vers la Chine pour poursuivre sa démarche », a ajouté Mme Dai.

CONTEXTE DE L’ACCORD : PROBLÉMES ET OPPORTUNITÉS

Avant la signature de l’accord d’échange de devises avec la zone euro, la Chine avait principalement signé ce type d’accords avec des pays et régions en Asie. En étendant sa sphère d’échange de devises à l’Europe, la Chine essaie de saisir l’occasion pour s’intégrer plus profondément à la communauté internationale tout en stimulant l’économie européenne.

Si on réfléchit aux circonstances de la signature de l’accord, la première chose à noter pourrait être la communication économique de plus en plus étroite entre la Chine et l’Europe. L’Union européenne est le principal partenaire commercial de la Chine, et la Chine est la première source d’importations de l’Union européenne.

Hormis le grand volume des échanges commerciaux, les problèmes économiques de part et d’autre rendent un rapprochement nécessaire.

Selon Mme Dai, face à une situation économique morose, l’Europe essaie de stimuler la croissance en approfondissant la coopération avec les pays émergents, « dont l’un des plus grands est la Chine ».

Quant à la Chine, elle a besoin de l’Europe pour son développement. « Malgré un développement rapide, la Chine est confrontée à des difficultés, telles que la baisse de taux de croissance et la réduction des exportations », a révélé Mme Dai.

Les problèmes des économies européenne et chinoise nécessitent un accord d’échange de devises qui favorisera l’exportation et les communications économiques.

UNE PARTICIPATION FRANÇAISE ACTIVE AVEC DES EFFETS LIMITÉS

Lors d’une conférence de presse tenue récemment, l’ambassadrice de France en Chine, Sylvie Bermann, a souligné que c’était la France qui avait proposé à la Banque centrale européenne de signer l’accord d’échange de devises avec la Chine.

« C’était une initiative française et on l’a discutée depuis un certain temps déjà », a-t-elle confirmé.

Mais alors, quels sont donc les intérêts français dans cet accord d’échange de devises ?

D’après Mme Hu Ronghua, le gouvernement français de François Hollande attache une grande importance aux relations avec la Chine, parce qu’il veut gagner en influence stratégique au sein de l’Europe tout en approfondissant les relations sino-françaises.

Avec plus de 20 % des paiements effectués entre la France et la Chine libellés en RMB, Paris est le premier pôle de dépôts bancaires en devise chinois dans la zone euro. « Dans ce sens là », a confirmé Mme Dai, « Paris joue un rôle incontestable dans la circulation de RMB en Europe ».

Toutefois, « par rapport à d’autres devises internationales comme le dollar américain et l’euro », a déclaré Xu Qiyuan, expert économique de l’Académie chinoise des sciences sociales, « le RMB a une circulation limitée dans le marché international ». Il est donc difficile d’évaluer l’impact positif de la circulation de RMB sur l’économie française.

Selon M. Xu, en France comme en Europe, l’impact principal de l’accord d’échange de devises sera de faciliter le commerce et l’investissement bilatéraux.

Agence de Presse Xinhua